De quoi s'agit-il?
Ce qu'il faut savoir
Une œuvre peinte à l'huile, selon les pratiques habituelles de ce métier, se construit en pas à pas, par juxtaposition et superposition de couleurs.
La technique du glacis - très typique de la peinture à l'huile - consiste à poser une couleur sur une autre couleur pré existante sur la toile de façon à obtenir un effet particulier provenant du passage de la lumière à travers cette dernière couche posée, de sa réflexion par la couche sous jacente et de son renvoi vers l'œil du spectateur. Par exemple, on pourra poser un jaune léger sur un bleu (ou l'inverse) afin d'obtenir un vert par le mélange des réflexions colorées des deux couches de peinture. L'intérêt du glacis est triple:
(a) - Il permet de créer des couleurs par mélange des lumières, c'est à dire de la même façon que ce qui se passe effectivement dans la nature. Les couleurs de la nature ne sont en effet perceptibles par nos yeux que par le mélange - infini - des longueurs d'ondes des lumières renvoyées par les objets. Les couleurs ainsi obtenues par la technique du glacis seront donc beaucoup plus naturelles pour le spectateur que des mélanges de pâtes, si habiles soient-ils! Il convient aussi d'observer que le mélange des lumières ainsi obtenu peut se faire à partir de couleurs pures. Le glacis évite ainsi - ou limite - l'univers des mélanges de pâtes, qui souvent se termine par des gris colorés faisant perdre toute vivacité aux harmonies de couleurs et même aux camaïeux.
(b) - L'utilisation de glacis, c'est à dire de transparences et de renvoi de la lumière, donnera évidemment à la toile beaucoup plus de luminosité et de profondeur
(c) - Enfin le glacis permet de faire beaucoup de corrections et d'ajustements de couleurs, de lumière, de brillant… notamment de renforcer la luminosité d'une couleur ou de masquer un embu (zone mate de la toile)
A propos de la lumière et des couleurs
La lumière est constituée d'un flux de photons animés de vibrations. La longueur d'onde de ces vibrations détermine la couleur que notre œil perçoit.
En pratique lorsque que les photons rencontrent un objet, celui-ci va les absorber en quasi totalité. Il ne va réfléchir vers notre oeil que les photons dotés d'une certaine longueur d'onde, longueur d'onde qui correspond à la couleur de l'objet. Les limites extrêmes sont le blanc (tous les photons sont réfléchis) et le noir (tous les photons sont absorbés). Cette dernière observation permet de comprendre l'intérêt des fonds blancs qui vont réfléchir la totalité de la lumière. Une couleur posée sur un fond blanc réfléchira vers l'œil en direct sa propre tonalité, mais elle bénéficiera aussi du renvoi de la lumière par le fond sur lequel elle a été posée.
Ce phénomène de réflexion permet aussi de comprendre qu'un glacis ne pourra jamais corriger une faute de couleur ou un "repentir" puisque, de toute façon, la lumière s'y réfléchira, peu ou prou en fonction des couches colorées qui auront été posées. C'est la raison pour laquelle il est préférable, dans de telles circonstances, de gratter la mauvaise touche de couleur ou la mauvaise forme, jusqu'au support de base, puis de reprendre l'ensemble.
Le glacis ne masque pas car c'est impossible! Le glacis module ou nuance une couleur ou une lumière, il apporte une profondeur, il accentue les plans et les volumes. C'est déjà considérable…Ce qui précède permet aussi de comprendre que la lumière sera mieux "gérée" dans une toile si l'on part de fonds clairs - donc très réfléchissants - que l'on module ensuite par des glacis plus soutenus. Dans l'exemple du vert ci-dessus, le vert final perçu par l'œil sera plus lumineux si du bleu a été posé en glacis sur un jaune que dans le cas inverse.
Un peu d'histoire
La pose directe sur la toile des "couleurs sorties du tube" est une pratique récente - souvent attribuée aux impressionnistes - dont on sait qu'elle conduit à des résultats qualitatifs médiocres, pour ne pas dire catastrophiques, pour ce qui concerne la conservation de la peinture dans le temps. Cette observation est évidemment purement technique et non esthétique!
Tous les peintres classiques élaboraient leurs peintures par pose de couches légères successives, en respectant des temps de séchage raisonnables entre chaque couche. L'intérêt qu'ils trouvaient dans cette méthode était d'abord de conserver le bénéfice de la luminosité de leur fond - élément précieux pour les portraits notamment - et ensuite de parfaitement modeler formes et couleurs, approchées par des touches et des couches nombreuses mais très légères. La maîtrise du "clair obscur", telle qu'elle apparaît à partir du Caravage, résulte le plus souvent de la pose de glacis foncés sur des couches pré-existantes claires qui permettent de conserver une partie de la lumière.
Un bon exemple de cette méthode nous est fourni par les peintures de Léonard de Vinci: la Joconde, bien sûr, mais plus encore dans une œuvre comme "La Vierge, l'Enfant Jésus et Sainte Anne" dans laquelle toutes les lumières et le modelé des visages ont été réalisés en glacis.
D'autres exemples pourraient être proposés dans la peinture italienne (Véronèse, Le Caravage…) et plus encore dans la peinture flamande.
La technique de Rubens, très habile, mélangeait des couches de fond en "aplat" dont les valeurs étaient modulées selon trois registres (couleur "locale", couleur "claire", couleur "ombrée"), couches posées rapidement, sans excès de matière (matière à peine plus dense qu'un jus de départ) de façon à conserver la luminosité du fond, puis des couleurs posées en glacis et / ou en demi pâte selon les effets recherchés. Seuls les rehauts ont été posés en pâtes.
Plus près de nous les grands peintres classiques du 19ième siècle (David, Ingres, Delacroix…) ont abondamment utilisé la technique du glacis.
En revanche il faut noter que Rembrandt n'est pas un grand amateur de glacis. Il affectionnait plutôt les touches directes et franches en demi-pâtes et pâtes. Un excellent exemple de son approche est donné par une toile intime superbe de douceur et de fraîcheur: Hendrickje se baignant dans une rivière . Le portrait de Jan Six (Maire d'Amsterdam) relève de la même technique directe. Mais Rembrandt a certainement utilisé quelques glacis dans ses nus, notamment pour les modelés de Danaée qui ruissellent de lumière.
A propos de l'aspect "glacé" des tableaux anciens.
La réalisation d'une œuvre par couches successives de jus et de glacis donne un aspect très lisse au tableau terminé. L'aspect glacé est alors obtenu par la pose d'un vernis final dur, vernis qui est ensuite (après séchage parfait) passé à la cire puis brossé pour obtenir un brillant parfait. Cette finition était celle appliquée par les peintres flamands et hollandais. Elle est encore pratiquée aujourd'hui par les restaurateurs et par les musées pour les œuvres qui avaient cet aspect à l'origine.
Quelques aspects techniques et pratiques
Il faut tout d'abord rappeler que le glacis est une couche colorée comme une autre et que, par conséquent, la règle "gras sur maigre" (ou l'inverse) s'applique, sauf, bien sûr, lorsque les couches sont isolées par du vernis à retoucher.
Il faut aussi rappeler que cette couche supplémentaire devra sécher (c'est à dire s'oxyder à l'air) sans s'opposer au séchage des couches qu'elle recouvre. Il faut donc proscrire l'usage des siccatifs dans la préparation des glacis car ceux-ci auraient pour effet de faire sécher rapidement la couche de surface qui deviendrait alors un obstacle à l'air et donc au séchage des couches plus profondes du tableau. La couleur posée en glacis sera donc diluée soit à la térébenthine, soit au médium à peindre coupé de térébenthine, soit avec un peu de vernis à retoucher (térébenthine + térébenthine de Venise). Le choix du diluant sera fait en fonction de la nature de la couche à recouvrir. Si le glacis est posé sur une couche grasse, le diluant sera la térébenthine ou le vernis à retoucher. Si le glacis est posé sur une couche maigre (ou sur un embu) il sera dilué au médium à peindre, avec même la possibilité d'ajouter un peu d'huile de lin (crue).
Le grand intérêt du glacis est sa légèreté! Ceci signifie que les couches posées en glacis seront toujours des jus ou des demi-pâtes. Elles devront être posées avec une bonne précision pour recouvrir, avec le moins de débordements possibles, la zone du tableau concernée.
Elles seront posées avec un pinceau souple et précis, retenant la quantité de jus souhaitée, typiquement un pinceau en martre (ou en petit gris). Mais un pinceau à aquarelle fait souvent l'affaire!
Pour obtenir les résultats attendus en lumière et profondeur des couleurs il faut évidemment éviter que le glacis se mélange physiquement avec la couche qu'il recouvre. Il est donc très souhaitable de poser les glacis sur une toile sèche (au moins sèche au doigt), le cas échéant passée au vernis à retoucher avant la pose des glacis. Le glacis étant une couche mince, peu chargée en résines, il séchera rapidement et pourra lui même être repris ou affiné plusieurs fois. A noter cependant que les couleurs peu siccatives (les terres, ocres, couleurs de Mars…) mettront plus de temps à sécher, même en glacis, et peuvent aussi créer des problèmes d'embus (elles seront donc diluées au médium à peindre dans tous les cas).
Observations sur les couleurs
Comme indiqué ci-dessus, la bonne gestion de la lumière conduit à poser des glacis soutenus ou foncés sur des fonds plus clairs.
Cette règle générale appelle au moins deux nuances:
(a) - Les couleurs très lumineuses (vermillon, rouge Breughel, bleu de cobalt…) pourront recevoir en glacis, sans problème de lumière, des teintes plus claires, étant cependant rappelé que les teintes claires qui ont été éclaircies par ajout d'un blanc (par exemple le jaune de Naples) seront plus opaques (elles réfléchiront plus de lumières qu'elles n'en laissent passer) et donc de médiocre intérêt pour un glacis.
(b) - des glacis trop foncés, même posés sur des fonds très clairs, absorberont un maximum de lumière et feront perdre l'intérêt de l'opération. Si votre tableau appelle, à un endroit déterminé, une plage foncée, la méthode prudente est certainement de procéder par couches successives de façon à trouver le bon compromis entre le ton juste et la préservation de la lumière.
Il faut enfin signaler que quelques couleurs se prêtent remarquablement bien à une utilisation en glacis. Il s'agit des laques (Gomme Guth, Laque de Garance, Carmin d'Alizarine…). Ces couleurs sont à la fois pures, très fines, lumineuses et transparentes et peuvent, si nécessaire, être utilisées sur de larges zones d'un tableau pour en modifier l'ambiance colorée. Ceci est très pratiqué en aquarelle avec la gomme Guth. J'ajoute enfin que, selon mon expérience, le glacis en "ton sur ton" renforce aussi la luminosité de la couleur. En tout cas je le fais fréquemment pour les rouges, les bleus, les ocres…[L'un des tableaux que je présente sur ce même site "Soirée au Bassin Lympia - Port de Nice" fournit quelques exemples de glacis. Le reflet de l'eau du port sur la coque du bateau est un glacis rouge posé sur un fond gris bleuté clair. Les ombres des immeubles et des rues sont des glacis (bleus, violets puis rouges) ainsi que leur reflet dans l'eau du port (glacis d'ocre sur fond de jaune de cadmium clair). Des glacis violet foncé donnent l'ombre de la haie sur le quai… Des demi pâtes en ocre, rouge, bleu ont été utilisées pour l'ombre du bateau dans l'eau. Enfin des glacis très foncés en bleu, terre de Sienne brûlée ont été posés sur la partie ombrée de la haie. Ils absorbent en effet la lumière (mais donnent à la haie son volume) ce qui était l'objectif pour cette zone du tableau…La partie bleu "profond" du ciel a été traitée en ton sur ton.]
PS : Je présente quelques liens vers des musées et galeries. Il y a des erreurs?, Il manque des musées?, galeries?, peintres??
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