De quoi s'agit-il?
Ce qu'il faut savoir
Les couleurs en tube utilisées par les peintres sont des pâtes composées de particules très fines de pigments colorés "liées" par l'huile utilisée comme support technique lors des opérations de broyage.
Pour bien comprendre le rôle du médium à peindre… partons en vacance et imaginons un instant être sur une plage de sable fin, occupé à construire un château fort en sable. Il est facile d'observer que ce château ne peut être monté et se tenir debout que si le sable est mouillé, l'eau rendant le sable plus compact et plus solide. Nous construisons donc un château fort en sable mouillé! Nous sommes mi juillet, il fait très chaud, le beau château fort sèche au soleil et s'écroule dès que le sable, n'étant plus aggloméré par le médium qu'est l'eau (évaporée), retrouve sa fluidité normale. Si l'objectif avait été de réaliser un château fort offrant une réelle solidité à très long terme, l'eau aurait été additionnée de ciment qui, en se combinant à l'eau, reconstitue une pierre, laquelle enrobe alors chacun des grains de sable et confère à l'ensemble cohésion et solidité.
Les particules de pigments colorés qui se trouvent dans votre tube de couleur sont comparables, mais avec des dimensions plus fines, aux grains de sable de la plage. Si rien n'est fait pour assurer leur cohésion et leur solidité, elles vont progressivement sécher après leur sortie du tube, puis, très naturellement, retrouver leur état initial de poussière très fine. C'est là qu'intervient le médium à peindre dont le rôle est précisément d'agglutiner les particules de pigments et, au fil du temps, de devenir une sorte de ciment conférant à la couche colorée cohésion et solidité dans le temps.
Un peu d'histoireLes premiers pigments colorés utilisés par des peintres étaient réalisés à partir de minéraux que les peintres broyaient eux mêmes. Ils se sont donc posé immédiatement la question du médium à incorporer pour disposer d'une couleur utilisable effectivement à partir de la poussière colorée dont ils disposaient au fond de leur mortier. L'une des réponses les plus anciennes connue est l'utilisation de la cire d'abeille. C'est avec cette technique qu'ont été réalisés les portraits égyptiens de l'école du "Fayoum" (environ 2 à 3 siècles avant Jésus Christ), portraits qui restent aujourd'hui d'une parfaite fraîcheur.
A l'inverse, certains artistes de la fin du 19ième siècle, fuyant l' "académisme" y compris dans son contenu purement technique (les "bonnes" pratiques), ont décidé d'utiliser la couleur "telle qu'elle sort du tube" afin que la préparation technique de la pâte colorée ne vienne pas freiner leurs ardeurs créatives.
Beaucoup d'œuvres impressionnistes ont été réalisés de la sorte. Le résultat esthétique est le plus souvent superbe… mais le résultat technique l'est moins. Il est connu que certaines de ces œuvres se dégradent considérablement et posent de redoutables problèmes de sauvegarde et de restauration aux musées qui les hébergent! Certaines, dit-on, ne sont plus sauvables!
Composition du médium à peindre
La mission du médium est donc d'apporter aux couleurs une sorte de ciment qui va tout d'abord enrober les particules de pigment coloré puis, en séchant, apporter de la solidité à la couche colorée.
Ce "ciment" est une résine que l'on trouve dans beaucoup d'essences naturelles. La plus courante est l'essence de térébenthine (obtenue par distillation des aiguilles de pin)..
Faites rapidement une expérience simple mais instructive: versez dans un pot en verre une petite rasade de térébenthine puis abandonnez ce récipient à l'air un jour ou deux. La fraction volatile de l'essence va s'évaporer et vous constaterez la présence au fond du récipient d'un résidu ayant la couleur et la consistance du miel, légèrement poisseux. Ce résidu est en fait la résine "douce" contenue dans l'essence de térébenthine. C'est cette résine qui va être le ciment agglomérant les fines particules de couleurs.
Beaucoup d'autres essences contiennent ce genre de résine. Les peintres utilisent souvent l'essence d'aspic obtenue par distillation des grandes lavandes (dont elle a le parfum). L'essence de romarin contient aussi une résine douce….
En reprenant votre récipient ayant contenu de la térébenthine vous observerez aussi que le résidu de résine est très faible, ceci permettant de penser que l'apport de résine de la térébenthine risque d'être insuffisant pour bien agglomérer les pigments et pour les durcir ensuite.
En outre si le médium ne contient que peu de résine il faudra l'utiliser en grande quantité avec la peinture ceci ayant pour effet de la diluer et de rendre impossible la réalisation de pâtes ou même de demi-pâtes.
Les peintres ont donc pris l'habitude d'incorporer d'autres éléments au médium à peindre de façon à surmonter ces problèmes.
A la térébenthine normale sont ainsi ajoutés:
· Le baume de térébenthine "de Venise" (issue de la distillation du mélèze) qui, en pratique, est une résine pratiquement pure. Elle l'apparence du miel. Elle se mélange à la térébenthine normale à chaud, au bain marie (loin de toute flamme).
· L'huile de lin, qui contient elle aussi des éléments comparables aux résines qui ont en outre le mérite de durcir avec le temps, c'est à dire en s'oxydant.
· Le copal (nom aztèque signifiant "résine d'arbre"), qui est une résine dure pouvant être incorporée au médium en lieu et place du baume de térébenthine de Venise. Cette résine est disponible dans le commerce dans les préparations dites "Siccatif de Harlem".
Très classiquement un médium à peindre contiendra pour 100 de térébenthine ordinaire, environ 10 de baume de térébenthine de Venise ou de copal et 15 à 20 d'huile de lin (si possible blanchie par exposition au soleil, après cuisson de longue durée).
Utilisation
Le médium est incorporé à la couleur au moment de l'utilisation dans la quantité appropriée pour pouvoir travailler en demi-pâte ou pâte. L'incorporation peut se faire avec le pinceau pour des petites quantités de couleur. Pour une quantité plus importante il est préférable de travailler un peu la pâte avec un couteau pour obtenir un mélange homogène. Pour les jus de départ la couleur peut être diluée avec de la térébenthine ordinaire. Conservez votre médium à peindre dans un récipient fermé pour éviter l'évaporation des éléments volatils et l'oxydation des résines (c'est à dire leur vieillissement prématuré!).
Vernis à retoucher
Un vernis à retoucher classique est composé comme le médium à peindre ci-dessus mais sans ajout d'huile de lin. Xavier de Langlais (in "Techniques de la peinture à l'huile") précise que cette préparation était le vernis à retoucher habituel de Van Dick… une référence!).
Toutes les marques de produits pour artistes peintres proposent des médium et des vernis à retoucher d'excellente qualité. Malheureusement la composition précise de ces préparations n'est pas toujours indiquée ce qui est un peu dommage. On notera que ces produits du commerce sont en général très concentrés et peuvent donc être coupés à la térébenthine au moment de l'utilisation.
Mais vous pouvez préparer vous même, sans grande difficulté, votre médium à peindre et votre vernis à retoucher si vous voulez être certains de leur composition et si vous voulez leur donner une touche personnelle. Tous les ingrédients de base - d'excellente qualité - sont disponibles chez les marchands de couleurs. C'est ce que je fais en ajoutant - car je suis amoureux de la Provence - une pointe d'essence de lavande ou de romarin… selon l'humeur!
Siccatif
De quoi s'agit-il? Ce qu'il faut savoir La couleur, plus ou moins diluée avec du médium à peindre, que vous venez de poser sur un support (toile, ou papier, ou panneau) convenablement préparé, va mettre un certain temps pour sécher et devenir dure. L'ajout de siccatif dans la couleur au moment de son utilisation a précisément pour but de réduire ce temps et d'accélérer le processus du séchage. Avant de voir ce que sont les siccatifs et comment ils fonctionnent, faisons un petit détour pour bien comprendre ce qu'il se passe lorsqu'un objet "sèche" et prenons donc un exemple. Vous habitez un charmant pavillon dont la cour est fermée par une grille en fer. Il pleut. Votre grille est mouillée par la pluie. Au rayon de soleil suivant l'averse votre grille va sécher par évaporation dans l'atmosphère des gouttelettes d'eau. Mais, en y regardant de plus près, vous verrez aussi, après plusieurs pluies, et au fil du temps, que votre grille prend des points de rouille, puis des taches plus grandes qui peuvent l'envahir totalement si vous n'y porter pas remède.
Cette rouille ne provient pas de l'eau de pluie. Elle résulte de la combinaison du métal de votre grille (le fer), avec l'oxygène naturellement présent dans l'air pour former de l'oxyde de fer (la rouille). Chimiquement il s'agit d'une combustion, très lente, du fer. Sommes-nous loin du siccatif avec cet exemple? Non car les peintres, depuis toujours, appellent "séchage" la combinaison de ces deux phénomènes très différents. Le mot "séchage" est donc fort mal choisi… mais il faut faire avec!
Que se passe-t-il en effet dans une peinture qui "sèche"? Il y a tout d'abord l'évaporation naturelle des éléments volatils contenus dans les essences qui entrent dans la composition du médium à peindre. Ceci est tout à fait comparable au séchage de l'eau de votre grille après la pluie. A température ambiante ces éléments volatils vont disparaître rapidement de la pâte colorée, en quelques dizaines d'heures.Il reste alors dans la pâte colorée les résines et la partie utile de l'huile de lin, la linoxine. Ces ingrédients, souples et poisseux comme nous l'avons vu dans la rubrique "Médium à peindre" ne sèchent pas, c'est à dire ne s'évaporent pas à température ambiante. En réalité ils vont petit à petit s'oxyder, c'est à dire se combiner avec l'oxygène de l'air, exactement comme le fer de votre grille qui rouille. C'est cette oxydation qui va les rendre progressivement durs et non poisseux. Comme pour la grille en fer cette oxydation est lente et dure plusieurs mois.
Ceci permet déjà de comprendre qu'une peinture sur laquelle on pose prématurément un vernis définitif (parfaitement imperméable à l'air) ne pourra plus s'oxyder à cœur et donc ne "séchera" pas. La couche colorée, au delà d'une mince pellicule en surface, restera molle et souple, et donc fragile, en profondeur.
Le vernis à retoucher, qui est composé le plus souvent de térébenthine et de baume de térébenthine de Venise, dépose sur la couche colorée des résines similaires à celles contenues dans la couleur. Il n'est pas imperméable à l'air et permet donc - lui - le séchage / oxydation en profondeur. Ce type de vernis est donc à préférer pour une première protection des peintures encore fraîches!
Un peu d'histoire
La question du séchage rapide des peintures à l'huile est une question contemporaine. Dans le passé, les peintres laissaient le temps au temps et il n'était pas rare de prendre plusieurs années pour réaliser une peinture.
Par ailleurs, sauf pour quelques détails traités en pâtes ou demi-pâtes (les rehauts) les peintures étaient réalisées en couches très minces, superposées, ceci pour conserver les transparences et pour profiter de la luminosité des fonds. Ces couches très minces séchaient facilement et rapidement, la peinture étant donc sèche à cœur au fur et à mesure de son exécution.
Mais Rembrandt, Rubens, Van Dick… ont fait de notables exceptions à ce mode de travail et se sont donc posé la question du "séchage" et des siccatifs.
[Rappelons pour l'anecdote que certaines peintures de Rembrandt - réalisées sur plusieurs années - comportent des couches successives de peinture allant jusqu'à des épaisseurs supérieures à 2 cm.] Tous ces peintres ont observé que le "séchage" s'accélérait, d'une part si l'œuvre était exposée au soleil. C'est en particulier ce que faisait Rubens. D'autre part, ils ont noté que l'huile de lin réagissait mieux avec la couleur si elle avait été exposée longtemps au soleil (plusieurs semaines, voire plusieurs mois!) et qu'en outre - ce qui ne gâchait rien - qu'elle devenait alors plus claire, plus pure. La qualité de l'huile s'améliorait encore si, avant d'être exposée au soleil, elle était cuite pendant de longues heures, sans toutefois être portée à ébullition.
L'huile de lin ainsi traitée devenait donc plus "siccative" (c'est à dire qu'elle avait une meilleure aptitude à accélérer le "séchage" de la peinture, pour reprendre la définition du Larousse).
Poussant les essais de cuisson, ils ont enfin découvert que l'huile cuite de longues heures (6 à 8 heures) à l'étuve (aux alentours de 290°) était encore meilleure à l'emploi, non seulement pour sa siccativité, mais aussi pour le brillant et l'éclat qu'elle donne aux couleurs. [Nous savons aujourd'hui que cette cuisson à l'étuve provoque une polymérisation de certains composants de l'huile de lin, qui explique ces résultats.]
On considère aujourd'hui - au delà des "secrets" supposés des peintres - que ces huiles cuites et ensoleillées ont été le principal, si ce n'est le seul, siccatif utilisé par les grands maîtres hollandais. Au fil des siècles et de tous les essais réalisés par les peintres, il a été établi que toutes les huiles présentent des caractéristiques semblables à l'huile de lin mais que c'est cette dernière qui - globalement et pour sa siccativité - donne les meilleurs résultats en peinture.
Composition du des siccatifs
L'huile de lin cuite, puis ensoleillée pendant quelques mois, est un siccatif efficace que chacun peut réaliser soi même avec de l'huile de lin du commerce. Quelques précautions sont à prendre pour conduire la cuisson dans de bonnes conditions (éviter l'ébullition, ajouter à l'huile pour la cuisson de l'eau, de la poudre de pierre ponce ou du sable fin, éliminés ensuite par décantation ou lors du transvasement dans le récipient définitif).
L'huile de lin cuite à l'étuve et polymérisée - qui est un produit réalisé par des moyens industriels - est cependant d'une efficacité supérieure. Elle se trouve en vente chez les marchands de couleurs sous le nom de "Stand Oil". Evidemment le processus d'oxydation étant beaucoup mieux connu grâce aux progrès de la chimie depuis le 19ième siècle, d'autres voies ont été explorées pour accélérer le phénomène en apportant des oxydants à l'intérieur même de la pâte colorée.
Les deux oxydants classiquement utilisés dans ce but sont le bioxyde de manganèse et les oxydes de plomb. Ce sont eux qui sont incorporés dans la plupart des siccatifs offerts dans le commerce, notamment dans le plus connus d'entre eux, le siccatif de "COURTRAI".
Le siccatif de Courtrai est un liquide légèrement coloré (jaune clair). En revanche, les siccatifs à base de manganèse que l'on peut trouver en droguerie sont d'une teinte très foncée, tirant sur le violet.
Utilisation
Le siccatif - qu'il s'agisse de l'huile de lin siccativée ou d'autres préparations offertes chez les marchands de couleurs - s'incorpore à la peinture au moment de la pose, en même temps que le médium à peintre. Il faut évidemment veiller à ce que ce mélange soit bien homogène pour que chacun des constituants produise bien l'effet attendu. Tous les auteurs traitant de la pratique de la peinture à l'huile insistent sur la nécessité d'utiliser les siccatifs avec économie et parcimonie. Ce conseil unanime se justifie pour au moins deux raisons. Les siccatifs à base de manganèse, très colorés, altèrent évidemment la couleur, cette altération pouvant d'ailleurs s'accentuer dans le temps. Cette situation est peu gênante lorsque le siccatif est utilisé avec des couleurs très foncées. Elle devient en revanche franchement pénalisante pour des couleurs claires et/ou devant rester pures.
La seconde raison justifiant ce conseil tient au risque, lorsque l'on peint en pâte, de voir le siccatif agir assez rapidement sur les couches superficielles, les rendant ainsi imperméables à l'air et bloquant alors l'oxydation en profondeur de la peinture. Dans la pratique les grandes marques suggèrent, pour le siccatif de Courtrai de l'utiliser à la dose de 2% du médium à peindre. Le dosage de l'huile de lin polymérisée (Stand Oil) doit être similaire.Il faut cependant noter que certaines couleurs sont très peu siccatives et prennent beaucoup de temps à sécher. Il s'agit des noirs, des couleurs de "Mars", des ocres…Pour ces couleurs la dose de siccatif pourra être un peu augmentée par rapport aux suggestions ci-dessus.
PS : Je présente quelques liens vers des musées et galeries. Il y a des erreurs?, Il manque des musées?, galeries?, peintres??
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